Actus des angels

PRESSE – L’EQUIPE – 08/01/2017 : « Isabelle HAAK, la nouvelle star des Angels de Béziers, leaders du championnat »

« À dix-sept ans, l’attaquante franco-suédoise des Angels de Béziers, leaders de la Ligue A, ravage tout sur son passage depuis trois mois. »
David Loriot

BÉZIERS – Il y a comme un grain de folie, un vent de magie dans l’air. À Béziers, un ange s’est posé, et le club héraultais baigne depuis dans une douce béatitude. Il règne en maître de la Ligue A féminine et c’est une jeune fille de dix-sept ans au sourire lumineux qui le propulse tous les week-ends sur l’avant-scène ! Isabelle Haak est la providence venue du froid, une Suédoise de 1,95 m, aux yeux clairs et aux cheveux blonds, qui semble née pour faire les choses bien. Voilà trois mois qu’elle envoie des « sacs » sur tous les terrains de France, qu’elle fait tomber la balle comme la grêle d’un ciel en colère et tout ce que son coach trouve à dire c’est : « Je n’ai jamais vu ça. »

C’est concis, mais Cyril Ong a finalement tout dit. Jamais, sans doute, le Championnat de France de volley féminin n’avait couvé un tel joyau. L’attaquante suédoise est un ovni. Une demoiselle profilée pour la grande histoire. En plus, bonté divine, elle a même dans les veines une moitié de sang français ! Celui de son père, Robert Mouminoux, Cantalien décédé d’un cancer en 2009, quand sa fille n’avait alors que dix ans. « J’ai beaucoup pleuré. Je pense toujours à lui », glisse Isabelle doucement.

Voilà donc aussi un peu pourquoi l’adolescente a atterri en France à l’intersaison, avec sa maman et son chien. Même si l’épanouissement sportif a d’abord guidé la démarche. Au Engelholms Volley, les coutures avaient craqué depuis belle lurette. Double MVP du Championnat suédois, à l’âge où les jeunes filles farfouillent dans la trousse à maquillage, Haak avait fait le tour du costume. La France était naturellement l’étape suivante. « C’était important qu’Isabelle découvre ses racines », admet Anita, la maman.

En cours de saison dernière, elle présente donc sa progéniture. Mails aux clubs, montages vidéo, Anita appâte et Béziers mord à l’hameçon. En février dernier, la famille Haak débarque dans l’Hérault pour un week-end d’observation. Le club est réputé formateur, habile à développer les jeunes joueuses, à l’image de la dernière pépite maison, Héléna Cazaute. Isabelle fait un entraînement, le vendredi soir. Elle scotche tout le monde. « Elle passait au-dessus d’Hélène Schleck (ancienne pointue star du club) et il y en a peu qui sont capables de faire ça. Pour moi, elle fait déjà partie des trente, quarante meilleures joueuses du monde », raconte le coach. Ce week-end-là, il fait 7 °C dehors et il pleut. En arrivant à Valras-Plage, un rai de soleil perce soudain les nuages. Anita y voit un signe. L’affaire est faite. « J’ai dit : ça serait bien ici. »

Bientôt en équipe de France ?
C’est donc dans une maison les pieds dans l’eau que la famille suédoise s’est installée, en compagnie d’une jeune joueuse colombienne, Yeisy Soto. Anita chaperonne, véhicule les filles à l’entraînement, assure les tâches ménagères. Isabelle, elle, cartonne chaque samedi et potasse son bac suédois quatre heures par jour par correspondance. « Je ne la lâche pas avant le bac ! », prévient la mère. « Elle n’a pas le permis de conduire et il faut qu’elle mange bien. »

Meilleure marqueuse du Championnat (243 pts), Haak est un alliage rare de puissance, de technique et de maturité. Et son physique hors norme lui permet d’aller très haut, très vite et d’« allumer ». « J’aime ce poste parce que je peux taper fort ! », rit l’attaquante des Angels.

Forcément, Cyril Ong n’a pas tergiversé. Il en a fait son arme maîtresse. Depuis le début de saison, la géante suédoise attaque 33 % des ballons de son équipe et la blessure d’Héléna Cazaute a même alourdi la charge. Mais cela n’effraie pas la blondinette, qui mélange joliment le français et l’anglais pour faire des phrases. « J’aime avoir cette pression sur moi. Ça ne me dérange pas. J’aime quand il y a beaucoup de bruit dans la salle », dit-elle, toute guillerette.

La mère connaît sa fille, qui balade ce bonheur en bandoulière depuis ses premiers « collés » à neuf ans. « Elle est gentille, très populaire, elle prend soin des gens autour d’elle », résume-t-elle délicatement. Le coach, lui, découvre et ça lui plaît. « Elle n’a pas la grosse tête, dans les moments importants, elle est là. C’est une fille qui joue pour le plaisir de jouer. Elle voit un ballon, elle tape ! », résume-t-il.

Évidemment, on convoite déjà le trésor, alors qu’il n’est même pas encore sous contrat pro. Signée par Béziers pour deux ans, via une convention de formation, la joueuse sait que mille chemins s’ouvrent déjà à elle. L’université du Texas (NCAA, Championnat dans lequel sa soeur, Anna Haak, évolue avec l’université de Miami) lui fait les yeux doux depuis un moment et quelques gros clubs européens se penchent sur son cas. « J’ai beaucoup d’options , reconnaît-elle. Mais je peux aussi rester un an de plus ici. C’est un bon club, comme une famille. J’y suis bien et l’argent n’est pas une priorité aujourd’hui. »

La FFVB lorgne aussi forcément. Internationale suédoise à… quatorze ans, Haak peut encore changer de blason, à condition de respecter un délai de deux ans sans jouer pour une équipe nationale. Là encore, le choix est délicat. « L’équipe de France est un peu meilleure que la Suède, mais il y a des règlements. C’est dur de choisir. Je n’ai pas pris de décision encore, on verra », avoue-t-elle, avant de prendre son sac et son sourire sous le bras pour aller taper gaiement dans un ballon.

Source :  L’équipe